Portrait de Alexandre Ginoyer 
et
Patrick Waeles

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Pouvez-vous nous présenter le CMA ?

Alexandre Ginoyer : Le Comité Mondial pour les Apprentissages Tout au Long de la Vie est une association créée en 2005 par une équipe de personnes qui travaillait dans le giron de l’UNESCO et certaines avaient contribué au rapport Delors “L’éducation, un trésor caché dedans”. En travaillant à définir le concept d’Apprentissages tout au long de la vie nous avons défini notre objet, c’est-à-dire d’œuvrer pour que toute personne au monde puisse bénéficier d’un accès le plus facile possible à tous les apprentissages qui lui sont nécessaires pour son épanouissement personnel et professionnel. Concernant nos actions, nous avons créé des forums mondiaux, séminaires, commissions, et développons des projets européens, le tout en rapport avec le concept des Apprentissages tout au long de la vie. Et enfin depuis de nombreuses années nous nous intéressons aux Territoires Apprenants, Villes Apprenantes, et Organisations Apprenantes.

Pourquoi les Apprentissages tout au long de la vie sont un enjeu majeur pour l’inclusion ?

A.G. : Tout d’abord, je souhaite préciser que pour nous, mettre « Apprentissage(s) » au pluriel est important car nous prenons en compte les apprentissages formels (savoirs académiques et scolaires) mais aussi tout ce qui est de l’ordre du non formel et de l’informel dont on prend conscience de plus en plus de l’importance capitale. Il est aussi très important de décloisonner les savoirs. Les apprentissages tout au long de la vie prennent en compte la globalité de la personne et, selon nous, il appartient à la société de donner aux citoyens un maximum de moyens pour faciliter l’inclusion de chaque individu au sein de cette société humaine.

Patrick Waeles : J’ajouterais que l’inclusion ce n’est pas « l’insertion » qui est de trouver une place qu’elle soit ou non « assignée ». Ce n’est pas non plus « l’intégration » qui se rapporte plutôt une « obligation » de se mettre dans des normes dominantes. « L’inclusion » oblige à une transformation réciproque. Elle convoque une rencontre, une capacité qui se développe parce que l’on est dans un destin commun, que cela nous concerne tous… Posture à la fois d’altérité, de reconnaissance, de réciprocité et de solidarité, elle implique que chacun fasse « un pas » envers l’autre pour co-opérer.

Le plus souvent on confond ces termes. Ce qui montre que l’on ne prend pas la mesure du changement de paradigme auquel ce terme d’inclusion nous convie.

Pensez-vous qu’une approche par les territoires a du sens dans les apprentissages tout au long de la vie ?

P.W. : Les apprentissages tout au long de la vie se font souvent à partir des appartenances sociales, des expériences de vie, ou des sollicitations au cours desquelles on se construit. De ce fait, les apprentissages se font « en soi » dans des environnements qui sont posés comme tels, même si on interagit avec eux. Or l’idée d’un « territoire apprenant » c’est, à l’inverse, provoquer un changement volontaire dans les environnements existants, aux fins de trouver ensemble des réponses aux défis sociétaux et environnementaux. La mobilisation des ressources de chacun et des territoires, la façon « horizontale » de faire ensemble et de relier les écosystèmes entre eux pour avancer, constituent alors des temps d’apprentissage singuliers et collectifs. Ces temps d’apprentissage, sont la condition de la bonne fin, alors qu’ils se réalisent « chemin faisant », individuellement et collectivement, tandis qu’ils sont toujours à remobiliser et mis en jeu à chaque nouveau projet. Dans ce sens, promouvoir une société apprenante c’est mettre en actes les conditions d’un empowerment et d’une intelligence collective aux fins de réfléchir et produire ensemble, face à un avenir incertain et « menaçant ». Ce ne sont ni les connaissances ni les savoirs qui vont y répondre, mais la façon dont chacun par lui-même et collectivement, coconstruit un avenir jouable et désirable.

A.G. : C’est un territoire qui rassemble des individus avec un objectif commun dans le but d’améliorer leur propre vie, c’est un territoire avec une dynamique qui va permettre de trouver des choses en chemin que l’on n’avait pas imaginées au départ, de permettre la créativité, l’innovation. Mais pour cela il faut être prêt à quitter ses repères et se mettre dans une dynamique de lâcher prise et de positivité, des capacités qui s’apprennent très peu dans les apprentissages formels.

P.W. : On pourrait aussi s’attarder sur l’intérêt et la portée du « local » et de « la proximité » dans les dynamiques apprenantes visant à co-construire des réponses sur les territoires. Tout d’abord on est dans « le concret » (et en capacité à faire et aboutir). Ensuite on est dans « la globalité » (la transversalité des écosystèmes, à l’opposé des fonctionnements en silos). Enfin on fait l’expérience de « la complexité » au sens d’Edgar MORIN, (c’est-à-dire être en plein dans la diversité des positions et des contextes (c’est-à-dire de la vraie vie), avec la capacité de produire du « commun » par le « dialogique »). Avec de surcroit un « ancrage » d’appartenance…..

Par ces actions le « Politique » peut aussi se retrouver dans une dynamique d’accompagnement de ces transformations, de plus en plus portées par « la société civile » sur son territoire. Il y a donc aussi (peut-être surtout) un enjeu démocratique avec cette approche du territoire avec une émancipation individuelle et collective pour construire demain, ensemble.

A.G. : Et cela amène à ces questionnements de qu’est-ce qui fait qu’un collectif, qu’un territoire veut se transformer ? Qui est à l’origine d’un tel projet ? Comment se construit-il ? etc… Et l’on s’aperçoit que lorsque le projet est issu simplement d’une volonté politicienne, cela ne marche pas bien ou pas très longtemps. Mais quand c’est la volonté d’un grand nombre de personnes qui se réunissent autour de la même grande idée, le projet perdure au-delà de certaines individualités. Et le résultat sera d’autant plus riche qu’il y aura de la diversité d’acteurs.

P.W. : Dans le fond, les dynamiques de « territoires apprenants » sont à la fois ambitieuses et atteignables pour, Ensemble, dans le Présent, Inventer un A-venir qui oriente le Futur.