Portrait de Ingrid Mazzilli

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La Gestion des Ressources Humaines relève des entreprises, en quoi le territoire vient enrichir cette approche ?

Les entreprises s’ouvrent de manière croissante à leur écosystème local et envisagent le territoire comme un lieu pour nouer des relations partenariales avec les acteurs économiques, publics et associatifs, s’impliquer au sein des projets de développement local, sécuriser les parcours professionnels, contribuer au dialogue social inter-entreprises, participer aux dispositifs de GPEC territoriale, ou encore mettre en œuvre une politique RSE. Les acteurs publics du développement territorial sont eux-aussi incités à développer des projets territoriaux avec les acteurs économiques. Les chercheurs en sciences de gestion s’intéressent à ces dynamiques au sein de tels projets territoriaux et s’interrogent : comment développer en dehors de l’entreprise, des mobilités mieux sécurisées ? Comment œuvrer sur l’employabilité des salariés uniquement au sein d’une organisation sans poser la question d’une GPEC étendue à ses interfaces ? Comment préserver les principes fondamentaux de la GRH et de la RSE en recherchant la cohésion sociale seulement dans l’entreprise, sans en dépasser ses frontières ? Comment intégrer l’ensemble des parties prenantes de l’entreprise sans penser des systèmes de gouvernance élargis au territoire ? Telles sont quelques questions que se pose le Groupe de Recherche Thématique de l’AGRH « Territoires, Réseaux et Innovations », qui regroupe depuis 2009 une quarantaine de chercheurs francophones en gestion des ressources humaines.

A côté des compétences clés et des compétences transversales, vous faites référence aux compétences territoriales, quels peuvent être leurs intérêts pour les entreprises locales ?

Le concept de « compétence territoriale », relativement récent, est encore émergent. Deux approches coexistent aujourd’hui. Dans un premier cas, la compétence territoriale est considérée comme le résultat de la « combinaison de ressources géographiquement proches permettant au territoire d’afficher une spécialisation compétitive » (Defélix et Mazzilli, 2009). Il s’agit de la capacité d’un territoire à produire un bien ou un service particulier, qui lui est propre et spécifique. Elle permet ainsi au territoire de se démarquer et de se développer selon des logiques d’attractivité et de marketing territorial. Une seconde approche de la compétence territoriale indique que la compétence territoriale serait moins reliée à un savoir-faire spécifique qu’à la capacité des acteurs du territoires à se coordonner dans le cadre de projets collaboratifs. Dans ce second cas, la structuration singulière des relations sociales est considérée comme la source de la compétence territoriale qui permet d’enclencher les mécanismes de l’action collective organisée. Les entreprises participent bien entendu à l’émergence de la compétence territoriale par leur implication au sein de réseaux territoriaux mais bénéficient également en retour de ces dynamiques par un effet d’entraînement (de nouveaux projets, de nouvelles collaborations et partenariats, etc.).

Au point de croisement entre le territoire et les entreprises, quels sont les angles de recherche les plus intéressants actuellement explorés ?

Depuis une quinzaine d’année, la recherche sur les approches territoriales en gestion des ressources humaines s’est beaucoup intéressée aux projets collaboratifs, afin d’identifier les ressorts de la coopération, mais aussi pour en saisir les limites. Aujourd’hui, plusieurs pistes sont à poursuivre, comme investiguer plus particulièrement la manière dont les entreprises et les responsables RH envisagent le lien au territoire, notamment au travers de la mise en œuvre de politiques d’innovation et de RSE ; également, la question du diagnostic territorial orienté RH, bien qu’étant expérimenté depuis plusieurs années par les acteurs du développement territorial, a été peu documenté par la recherche académique. Enfin, la question de l’appréciation des résultats des projets collaboratifs territoriaux demeure une question centrale.