La relation ville-campagne et la culture en trait d’union

Portrait des intervenants

Laurent Rieutort

Marie - Claude Mioche

Philippe Bohelay

SYNTHESE

Lieu : Château de Goutelas, Marcoux                    Date : 01 Avril 2021

Xavier Lemonde, animateur Webinaire, Directeur de l’Université Européenne des Senteurs et des Saveurs

Intervention de Laurent Rieutort, Directeur de l’Institut d’Auvergne du Développement des Territoires

Laurent Rieutort : Le projet Territoire Apprenant apporte une modification de regard sur le développement territorial, par le croisement entre différentes sciences dans un contexte de territoire.

Le terme apprenant qui vient des sciences de l’éducation, prône premièrement que l’école doit s’ouvrir au territoire, créer du lien, mettre en avant l’apprentissage et la formation. En ville ou en campagne on va collaborer, se faire confiance, c’est un partenariat, une mise en commun de différentes compétences, on parle d’innovation. Territoire Apprenant c’est la capacité à faire coopérer différents acteurs du territoire. Les dynamiques collaboratives sont aussi vraies en milieu urbain par quartier qu’en milieu rural. Il faut donc aussi aller voir la relation urbain-rural, et la gestion de leurs ressources, ainsi que leur mise en commun des espaces culturels.

Il y a la proximité géographique, cela facilite les échanges et la construction des dynamiques apprenantes, mais pas seulement. Il y aussi la proximité de valeur, la proximité sur les organisations qui peuvent fonctionner dans un dialogue plus large, surtout dans la relation urbain-rural, notamment sur la culture.

Cela permet un cadre d’analyse différent pour la recherche, il y a l’occasion de modéliser les problèmes et cela sert à réfléchir, à comprendre les processus, et à créer une dynamique de recherche action-formation.

Il y a un changement de paradigme, on est dans la co-construction permanente, notamment sur la place de la culture dans les territoires. Ceci est une forme d’apprentissage, la culture est l’élément clé de l’ancrage territorial, elle constitue des ressources pour le territoire, elle a la capacité à créer du lien. Il n’y a pas de territoires apprenants sans culture et pas de relation ruralité-ville sans culture.

 

Intervention de Marie-Claude Mioche, Présidente de l’association Château de Goutelas

Marie-Claude Mioche : Le château Goutelas marque l’identité du territoire, de son patrimoine. L’impulsion par Paul Boucher a initié une démarche de reconstruction du lieu et cela a amené plusieurs acteurs à participer au projet. Littéraires, agriculteurs, ouvriers de la région lyonnaise, et immigrés espagnols ont participer à la reconstruction de Goutelas. C’est une rencontre humaine. Situé dans le Forez, sur les côtes entre montagne et vallée. De nombreuses personnes du territoire ont travaillé ensemble pour cette reconstruction. C’est l’histoire d’une fraternité, d’un combat d’associer des hommes qui vont apprendre des uns des autres. La reconstruction du château est une sorte d’action-formation. Elle a permis aux agriculteurs d’apprendre ce qu’est un territoire et son identité, c’est d’ailleurs cette reconstruction qui a permis de créer une identité du Forez. La culture est la mise en mouvement des intelligences, des cœurs et des volontés. Aujourd’hui le château appartient au Pays de Loire Forez.

Goutelas est un lieu de rencontre, on essaie d’avoir une culture ouverte avec des actions dans ET hors des murs. Des liens ont été créés pour mettre exister en réseaux avec des cinémas, des médiathèques, etc… Ce réseau dépasse le territoire avec des lieux très urbains comme à Lyon. Un des derniers projets de ce lieu souhaite ouvrir sa culture locale à celle venue de tout horizon.

J’ai envie de de dire qu’il faut dépasser le clivage rural-urbain, ce qui est important c’est le décloisonnement.

 

Intervention de Philippe Bohelay, Chargé de Mission Ville Apprenante, Clermont-Ferrand

Philippe Bohelay : Clermont-Ferrand est une ville apprenante, l’objectif est de grandir avec notre proximité. Une ville apprenante est une ville qui s’arpente elle-même et qui arpente le territoire. Une ville porte toute l’histoire d’un territoire bien plus vaste. Un petit monde se construit au fil des siècles dans la ville. Il n’y a pas de séparation entre la ville et le monde rural. Il y a un apprentissage de valeurs communes, universelles. Construire topographiquement une ville c’est savoir lire les territoires avec qui on entretient des liens. A Clermont-Ferrand on défend un projet de société où chacun peut être récepteur et émetteur de savoir. Tout ça part de l’école, de l’éducation, qu’elle soit populaire, formelle ou informelle.

On réfléchit à comment construire des jardins dans la ville. La ville ne doit pas penser comme une extraction des richesses d’un territoire qui l’entoure, il faut que la ville établisse avec les territoires alentours un rapport d’équilibre. C’est comme ça qu’on construit une métropole. Pour moi, l’équipe d’animation, ce sont tous les fonctionnaires qui mettent en œuvre les politiques publiques. On ne construit pas une ville entre les usagers d’un côté et des citoyens qui participent à la construction de la ville. Pour lier une école et un collège par exemple, on a mis un jardin participatif qui permet de créer des liens entre les professeurs des deux structures.

 

Questions

André Durand : Pouvez-vous préciser cette notion d’accompagnement qui peut se situer au centre d’actions possibles pour le développement ?

 

L.R. :  La mise en place d’un lieu d’échange permet d’accompagner les projets de territoire. Derrière ce mot accompagnement il y a une idée de co-construction et de partage, qui sont au cœur des Territoires Apprenants. Il y a un rôle important des médiateurs pour permettent ce partage plus facilement.

P.B. : Tout est dans l’idée d’accompagnement, d’être pluridisciplinaire, la ruralité accompagne la métropole dans son développement et l’inverse est pareil aussi. Par exemple pour Erdre et Gesvres, historiquement cette EPCI a accompagné Nantes dans son enrichissement par l’activité maraîchère. Et je pense que c’est comme ça qu’il faut se situer dans son rapport à son territoire.

Brigitte GÉHIN : Les interventions amènent à repenser les concepts, revisiter la place des systèmes d’éducations, d’éducations socio-culturelles, d’éducations artistiques. C’est un enseignement qui vit à travers les projets. A travers la culture il y a cette possibilité de dialogue, pour et par la jeunesse, il y a une dimension intergénérationnelle. Avez- vous des choses à dire sur le fait de faire Territoires Apprenants pour et par la jeunesse ?

M.-C. M. : Les acteurs de la culture doivent ouvrir les bastions de l’éducation nationale, il faut les éveiller à autre chose, inviter les jeunes à participer aux événements culturels. Une fois dans ces lieux de culture qui mêlent plusieurs univers cela ouvre d’autres perspectives, le monde rural a des choses à apprendre à la ville.

Xavier Lemonde : Sur la question des acteurs de demain de l’apprentissage, comment l’enseignement supérieur évolue-t-il ?

L.R : Sur les formations qui s’intéressent au développement territorial croisent de plus en plus et s’hybrident avec d’autres formations comme par exemple avec le domaine culturel. Je pourrais également citer en exemple une formation que l’on ouvert et qui est à destination des cadres de l’éducation nationale. C’est un master, Territoires et pilotage des systèmes éducatifs, où l’on cherche à leur apporter une ouverture sur les questions de territoire, de partenariat, et d’échanges.

Gérard Peltre : L’association RED (Ruralité Environnement Développement) a travaillé à proposer une définition du Territoire comme un lieu où les femmes et les hommes décident de se co-construire un destin commun, et ensuite imaginent leur destin dans des coopérations avec leurs voisins, y compris urbains.

Selon moi, quand on est dans un territoire rural, il faut travailler à prendre conscience de la valeur et du potentiel de son territoire, de ce que l’on peut y apporter, de convaincre l’autre de ce que l’on est, pour pouvoir créer du lien. Et j’ajouterais que les dynamiques de réseaux permettent de casser ces apriori qu’un territoire sans densité forte ne peut s’inventer un futur avec d’autres.

Pascale RACT : Le rôle du narrateur pour faire ressortir le potentiel du territoire, sa capacité à symboliser, mettre en histoire, et créer du lien, est je pense très importante. Je pense que la place de l’art est aussi dans ce travail de mise en récit. Et je souhaitais savoir ce que vous pensez de cette dimension, et est-ce qu’elle est assez valorisée dans les démarches et les dispositifs qui peuvent se mettre en place ?

M.-C. M. : C’est une question qui est essentielle, mais où y apporter une réponse est un vrai défi à saisir. Par exemple sur notre territoire où les néo-ruraux sont de plus en plus importants, on constate que l’histoire n’est plus la même et qu’ils n’ont pas la culture ni l’identité du territoire. Il faut donc se demander qui transmet ces histoires, et qu’est-ce que ces néo-ruraux peuvent apporter à ce territoire. C’est une question de rapport de conscience entre les gens.

Il faut que les élus s’emparent de ces thématiques culturelles qui permettent de créer une identité sur un territoire.

P.B. : Je préciserais qu’à ce sujet la réalisation d’un projet doit être porté par son territoire, et c’est de cette façon que les élus s’engageront à concrétiser ce projet.

De plus il me semble qu’un enjeu essentiel à la problématique des relations urbain-rural, c’est la relation entre différentes centralités, que cela soit un village, une ville moyenne, ou une métropole, qui entraine la revitalisation d’autres centralités qui se jouent sur leur territoire. Et raconter cela, créer cette histoire, être capable de la partager aux autres, c’est effectivement un des grands enjeux et pour cela il faut que les territoires soient en situation d’écrire cette narration.

 

En conclusion

René Caspar, Consultant sur Territoires Apprenants

Cela rappelle l’expérience en terre bretonne, où le maire a voulu redynamiser son territoire en passant par la culture. Les facilitateurs culturels ne sont pas neutres et sont souvent des importations de l’extérieur. Dans les Territoires Apprenants, de nombreuses choses se jouent, mais surtout dans la proximité, qui rime avec la nécessité d’une identité forte et ouverte. La culture peut y participer. Il y a une renaissance de la proximité avec tous les systèmes de circuits courts, la traçabilité, l’appui aux entreprises et tout un ensemble d’autres éléments. Il faut une production par les gens du territoire à une culture.

Giang Pham, Consultant – Chef de Projet Territoires Apprenants

Il y a un enjeu à lier des proximités qui sont beaucoup plus grandes que géo-cognitives et organisationnelles. Il faut multiplier ces proximités. Il faut passer à une autre échelle géographique.